
Depuis le début des années 2010, l’image de la romance auprès du grand public connaît une véritable cure de jouvence. Principalement associées à la production Harlequin, les représentations stéréotypées de la romance comme une littérature vieillotte et démodée laissent aujourd’hui la place à une vision plus moderne, rajeunie, apte à toucher un nouveau public connecté et organisé en communautés sur les réseaux sociaux. Dans l’espace francophone, cette petite révolution porte un nom et est associée à une maison d’édition : la New Romance made in Hugo Publishing.

Suite aux succès commerciaux que connaît l’éditeur, notamment avec la publication de Beautiful Bastard de Christina Lauren (2013) ou After d’Anna Todd (2015), l’expression s’est imposée et désigne aujourd’hui une forme de romance reposant sur des codes plus modernes en accord avec les goûts et les attentes des lectrices contemporaines. La New Romance reposerait ainsi sur un plus grand réalisme des relations amoureuses mises en scène, notamment en délaissant les notions de coup de foudre et d’amour passionnel pour explorer la construction affective entre les personnages. Néanmoins, moins qu’une révolution, cette romance contemporaine repose davantage sur une prudente actualisation des codes d’un genre qui met encore majoritairement en scène des couples blancs et hétérosexuels.

Particulièrement populaire depuis le début des années 2020 suite au succès de la série Captive de l’autrice française Sarah Rivens, la dark romance met en scène des milieux marginaux (gangster, motards, etc) et/ou des personnages entretenant des relations moralement, voire légalement, répréhensibles : emprise, torture, viol et violence sexuelle y sont largement et explicitement représentés. Aujourd’hui au devant de la scène littéraire et médiatique, le genre suscite autant de passion que de détestation. Si les journalistes insistent volontiers sur la violence et le caractère rétrograde, du moins en apparences, des représentations homme/femme qui y sont mises en scène, les rares spécialistes du genre nuancent ces représentations et pointent dans ces critiques une nouvelle itération de la vision méprisante et moralisatrice dans laquelle sont trop souvent tenues les productions culturelles destinées au femmes. Car la communauté de la dark romance, composée de femmes écrivant pour des femmes, est considéré par les lectrices comme un espace de liberté, parfois à dimension thérapeutique, bienveillant et attentionné bien éloigné des représentations caricaturales qui en sont parfois faites.

Signe de son succès, la romance s’invite aujourd’hui dans les rayons d’autres genres populaires. À la demande d’un public grandissant, les littératures de l’imaginaire, en général, et la fantasy, en particulier, s’hybrident avec le roman d’amour. Ce phénomène porte même un nom, celui de la romantasy, forgé par les éditions Hugo Publishing par la fusion des termes romance et fantasy. Popularisée par le succès des sagas Un palais d’épines et de roses de Sarah J. Mass et Le Sang et la Cendre de Jennifer L. Armentrout, la romantasy se caractérise par des récits mêlant aux intrigues amoureuses un univers relevant du fantastique. Son origine s’inscrit dans la tradition des romances surnaturelles et, plus avant encore, dans la littérature gothique du XIXe siècle. Cependant, la romantasy puise ses inspirations principales dans un phénomène littéraire bien plus récent : celui de la bit-lit, inauguré par la saga Twilight, mettant en scène une relation amoureuse entre une humaine et une créature fantastique.
L’histoire des collections de romans sentimentaux révèle la grande plasticité d’un genre qui a su, malgré des invariants aisément identifiables, évoluer et accompagner les mutations de la société et des lectrices depuis l’aube du XIXe siècle. Son succès, massif, est souvent insoupçonné et pourtant incontestable. Il témoigne de l’importance fondamentale, depuis plus d’un siècle, du public féminin dans les pratiques de lecture de fiction. Aujourd’hui décliné dans des nouvelles catégories éditoriales aux frontières du marketing et de l’innovation thématique comme la new romance, la dark romance ou encore la romantasy, la littérature sentimentale a trouvé dans l’édition populaire un vecteur de diffusion optimal pour toucher un public issu de toutes les générations et de toutes les couches de la société. De Ferenczi à Hugo Publishing, le roman sentimental tisse une longue histoire d’amour avec ses innombrables lectrices, et ses quelques lecteurs, dont nous ne sommes pas prêt de lire le happy end.

















