
Aujourd’hui associé aux romans populaires et produit presque exclusivement par des maisons d’édition et des collections spécialisées dans le genre comme Harlequin, « Hugo roman » ou encore « J’ai lu pour elle », le roman sentimental est étroitement lié à l’histoire du roman en tant que tel et à l’importance grandissante que les sociétés occidentales ont donnée à l’amour dans la fiction.
Ainsi, dès le premier siècle de notre ère, se développe en Grèce une tradition de récits de fiction, appelés « romans grecs », mettant en scène les amours contrariées de deux jeunes personnes séparées par le destin avant de se retrouver après d’innombrables péripéties aventureuses dans une forme de happy end. Les bases sont déjà là. Le succès de cette première littérature sentimentale traversera les siècles.
Des bases que le roman médiéval, véritable inventeur du genre romanesque, va exploiter à son tour. C’est que l’amour, dans la littérature médiévale, tient une place si particulière qu’il porte même un nom : l’amour courtois. Cet amour, respectueux et soumis, qu’un chevalier entretient avec une dame de haut rang nourrit la poésie comme le roman et offre sans doute le chef-d’œuvre et modèle tragique du genre : Tristan et Iseut. Ce récit influence des siècles de littérature et impose dans l’imaginaire collectif le modèle des amants sacrifiés sur l’autel de l’amour que l’on retrouve de Roméo et Juliette à Titanic en passant par La Dame aux camélias.
Avec de tels antécédents, il n’est pas difficile de comprendre que la matière sentimentale constitue une des principales composantes du genre romanesque qui, jusqu’au XIXe siècle, se compose principalement de récits d’aventures et d’amour pour ne pas dire d’aventures amoureuses. Les grands genres narratifs se distinguent en effet alors en deux catégories : l’Histoire qui se concentre sur le récit des événements politiques des grandes figures historiques et le roman qui se consacre explicitement à la fiction et donc peut explorer l’intimité des personnages au cœur de laquelle se trouve tout naturellement l’amour. Parmi les innombrables productions romanesques, certains textes majeurs restent encore aujourd’hui des incontournables du genre, c’est le cas du roman-fleuve L’Astrée d’Honoré d’Urfé (1607) et de La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette (1678), toujours lus et édités aujourd’hui.
Le roman connaît, au XIXe siècle, une révolution telle que l’on parle de naissance du roman moderne. Des auteurs, comme Stendhal, Balzac ou encore Hugo participent activement à la reconnaissance institutionnelle du roman, jusque-là considéré comme une forme mineure de la littérature. Pour cela, ils vont s’attacher à s’éloigner des récits d’aventures pour mettre en scène la société de leur temps à travers une approche plus réaliste et sociale. Le récit amoureux, trop refermé sur des enjeux intimes et à la structure trop rigide, en fait les frais. Il disparaît une bonne partie du XIXe siècle avant de faire son grand retour à la fin du siècle dans les productions de masse destinées à un public populaire où il va connaître un renouveau spectaculaire. On ne parle alors plus de littérature sentimentale mais bien de roman d’amour.











